De «piquet» à «piquet»

La Compagnie du Canal de Suez, qui avait commencé ses travaux en avril 1859, avait organisé dès 1860 entre Port-Saïd et Suez un service de télégraphe et de poste privée par barge sur le canal d’eau douce, par piétons ou par chameliers. Ce service était mis gratuitement à la disposition des travailleurs et des commerçants venus dans cette partie du territoire égyptien encore dépourvue d’organisation postale officielle, hormis le bureau de Suez. L’augmentation considérable du volume de courrier transporté amena la Compagnie à rendre ce service payant en juillet 1868, avec l’introduction de timbres spéciaux qui ne furent en usage que 40 jours...Les différents chantiers étaient référencés par un nom (El Guisr, Kantara...) ou une position par rapport à Port-Saïd. Dans ce dernier cas, on connaît les kil. 34, kil. 42 ou kil. 83. Mais encore plus rares sont les lettres référencées par un numéro « de piquet ». La lettre que nous présentons ci-après est originaire du « piquet 198-202 » et adressée à un surveillant localisé au « piquet 238 ». Grâce à une autre correspondance publiée par L. Biolato, nous savons que cette lettre a été écrite en 1868 et que le piquet 198-202 correspond à la section de Chalouf el Tarabba, localité située au bord du canal, au sud des lacs Amers, à 139 km de Port-Saïd vers le sud. Ce site était un grand chantier où il fallut faire sauter 35000 mètres cubes de rocher pour pouvoir poursuivre le canal.Normalement, ce type de lettre aurait dû comporter le cachet de la Compagnie et la signature de l’agent convoyeur, mais il y a si peu de lettres connues qu’il est bien difficile de savoir quelles étaient les véritables règles de transport et quelle est la proportion de lettres sans et avec cachet...
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Une lettre entre employés sur le chantier du Canal de Suez
Adresse :Mr Pietro Bogolo/Surveillant+Chez Mr Fertner+Pqt 238Texte :« Cher Pietro,Étant en ce moment assez dépourvu d’argent, je vous prie d’avoir la patience jusqu’au début du mois prochain et vous serez payé sans problème.Veuillez donc excuser ce retard sans faute, à vos ordres croyez moi toujours.Votre très cher C. Galli/Piqt 198-202. »Références :
* Luca Biolato. La posta Europea nel contesto dell’Egitto nel sec.XIX.
* Jean Boulard d’Humières. « À propos du centenaire de l’ouverture du Canal Maritime de Suez ». Les Feuilles Marcophiles, 1969.