Billet d'humeur au retour d'une exposition

Les philatélistes ne " chassent " jamais en meute !Un nouveau marchand, une exposition, un congrès : que d'occasions de trouver la pièce recherchée ! Hélas nous n'y serons pas seuls. Il faudra parcourir le maximum de stands, se précipiter sur les moins achalandés, piétiner devant les autres, avec toujours à l'esprit le joli mot de " chopin " ; ce qui, de la salle de sport où les cadres s'alignent, nous fera parcourir la seule périphérie occupée par les marchands. Il faudra y ouvrir le bon classeur, prendre la boîte qui convient, demander la pièce possible et faire preuve de compétence, sans trop ! Dans cette ambiance tendue où chacun feint la nonchalance, il est de bon ton de s'extasier devant l'achat du confrère qui exhibe justement la pièce que vous rêviez d'acquérir, indispensable de repérer le nouveau négociant, enfin d'avoir l'œil sur ce que regarde le voisin. Car le premier qui trouve son bonheur, bien évidemment l'emporte, puisque la réflexion fait l'amateur et la rapidité le collectionneur.Le timbre ou l'enveloppe une fois localisés, chacun de nous se transforme en ratier qui veut son mulot. Mais dans un terrier comme devant un stand, attention aux erreurs de psychologie ! Trop d'intérêt éveille la méfiance ; suggérer un rabais fait passer pour compétent ou radin ; montrer sa joie est l'aveu d'un bas prix ; annoncer que l'on revient " revient " à renoncer ; régler en liquide est toujours bien vu mais prive de ressources indispensables lors du dernier achat, le plus beau et le plus cher ! Que la partie est dure ! Avec certains vendeurs, on peut oser trouver de qualité " moyenne " ce qu'ils annoncent comme " très beau ", de façon à faire sortir le " superbe " ; cela vous mettra en valeur à condition bien sûr de ne pas se défiler et d'acheter. Car en général les belles pièces attendent les clients fidèles ou fortunés, qui eux ne touchent jamais à la " drouille " de peur d'y être assimilés.Gardez surtout votre jugement devant les stands " cul-du-camion " où le désordre n'est pas toujours proportionnel à la compétence du vendeur. Mieux vaut être fidèle à " son " marchand, aussi savant et à peine plus cher que les autres. À défaut de mouton à cinq pattes, fruit d'un eugénisme philatélique pas toujours décelable, il vous proposera de bonnes et solides pièces que vos héritiers revendront sans vous maudire. Enfin, quand la journée s'achève, vient l'heure du rendez-vous pour un bon dîner avec conjoints exhibés. Cela coûtera cher, mais moins que les achats de la journée sur lesquels il est préférable de ne pas s'étendre. Car ces dames, rarement philatélistes mais toujours élégantes, ont un curieux besoin de se renseigner sur les achats de leur mari. Faites attention car si votre sous-estimation des prix poussera la veuve à brader la collection, votre dithyrambe sur la valeur et la rareté des acquisitions conduira à des reproches immédiats. Alors, il est parfois préférable de parler chiffons en insistant sur le fait que la valeur réside plus dans le plaisir de l'achat, comme dans celui de la possession, et là, aucune femme ne vous contredira !